Section des cables

Quels sont les câbles à utiliser pour raccorder des enceintes acoustiques ?

 

En résumé, ce n’est pas la puissance que votre enceinte peut supporter qui est déterminante, mais son rendement par rapport aux possibilités réelles de votre amplificateur. Donc pour un petit ampli (100 W.) le choix se portera sur une enceinte de très haute efficacité (dB SPL), s’assurer de la stabilité de l’impédance de cette enceinte, utilisez votre ampli en-dessous de son niveau critique … réunir les conditions requises pour tirer le meilleur parti de l’ensemble, sans toutefois perdre de vue que cette puissance vous limite à de petites sonorisations.

 

Une des conditions : le câblage ou plus exactement, quels sont les câbles à utiliser pour raccorder des enceintes acoustiques ?
«Toute définition technique n’est valable que si elle est complète». Et pourtant ! Tout comme notre article précédent, il ne nous est pas possible en une ou deux pages de définir toutes les données d’un problème avec exactitude et précision sans aborder tous les facteurs déterminants. Notre but : citer l’essentiel.

 

Laissons en suspens certains facteurs tels que … effets capacitifs, qualité du conducteur, le cuivre de pureté 99,9999% n’est pas d’utilisation courante et son importance est avant tout déterminante dans les «câbles de liaison préamplification».

 

Parmi différents facteurs, deux sont déterminants pour le choix d’un câble bifilaire :

 

1. Son isolation
2. Sa section.

 

L’isolation :

elle est déterminée par la nature et l’épaisseur des isolants en une ou deux couches superposées. L’isolation est prévue pour résister à la différence de potentiel max. possible entre les deux conducteurs qui est actuellement de l’ordre de 70 V. pour les plus gros amplificateurs. Mais il faut conseiller, pour des raisons de sécurité électriques et mécaniques, des isolations supérieures, soit 220 V. min.
Selon les normes «Cebec», les canalisations satisfaisantes et permettant le repérage de polarité par différence de couleurs sont réduits au nombre de 4 en 2 types :
Type très souple : CTLB et CTMB (légèrement torsadé à l’intérieur)
Type souple : VTLB et VTMB (non torsadé et mécaniquement plus solide).

 

Pour la suite, je laisse la parole à Monsieur Jean-Claude Jean, enseignant à l’école technique de Seraing et actif au sein de notre équipe.
W.P

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– Nous avons éliminé les canalisations rigides pour installations fixes, dont toutes sont prévues jusque 1.000 V.
– Nous avons éliminé les canalisations dites «côte à côte» (CTLmB et CTMmB) en raison d’effets secondaires dont nous aurons l’occasion de parler ci-dessous.
– Nous rappelons que pour l’éclairage (spots, jeux de lumière) seul le VTMB est homologué.

 

La section :

la section des conducteurs en sonorisation est très importante et souvent mal adaptée aux besoins, car une confusion existe entre la sonorisation et les normes «Cebec» de distribution d’électricité. Ces normes donnent l’intensité maximale pouvant être transmise suivant la section des conducteurs et ce , uniquement pour que l’effet joule (chaleur) ne fasse pas atteindre des températures de 60°C. dans ces canalisations pour des raisons évidentes de sécurité (isolant : caoutchouc ou PVC) et non pour les chutes de tension occasionnées.

 

Reprenons ces normes :

– Section de 0,75² Max. 6 Amp. soit, sous 70 V. 420 W. par canal.
– Section de 1² Max. 8 Amp. soit, sous 70 V. 560 W. par canal.
– Section 1,5² Max. 10 Amp. soit, sous 70 V. 700 W. par canal.
– Section 2,5² Max. 18 Amp. soit, sous 70 V. 1.260 W. par canal.
– Section 4² Max. 25 Amp. soit, sous 70 V. 1.750 W. par canal.

 

On constate qu’ au point de vue sécurité, toutes les sections, même les plus faibles, sont sans danger, car de telles puissances sont rarement atteintes par les amplificateurs actuels. Mais une étude plus poussée et visant la sonorisation donne des résultats tout autres, car une ligne de raccordement possède sa résistance propre venant s’ajouter à l’impédance de l’enceinte.

 

On peut calculer cette résistance par la formule :

 

Soit 1 M. de canalisation bifilaire pour 2 M. de longueur de cuivre (1 M. aller/ 1 M. retour)

– 1 M. courant en 0,75² a donc une R de 0,04 Ohms
– 1 M. courant en 1² a donc une R de 0,032 Ohms.
– 1 M. courant en 1,5² a donc une R de 0,0214 Ohms.
– 1 M. courant de 2,5² a donc une R de 0,0128 Ohms.
– 1 M. courant de 4² a donc une R de 0,008 Ohms.

 

1. Raccordement par une section de 0,75²

– 50 M. de 0,75² présentent une R de 50 x 0,04 = 2 Ohms.
– De plus si l’enceinte est de 8 Ohms, c’est à 1000 Hz que cette impédance est correcte. – A 100 Hz, elle sera de l’ordre de +/- 6 Ohms car elle est inductive dans un HP.

 

Regardons le montage électrique réalisé :

 

Le réglage de l’amplificateur correspond à 100 W. en 8 Ohms, donc à 100 Hz (R équi = 8 Ohms) l’ampli donne 100 W. A 1000 Hz (R équi = 10 Ohms) l’ampli donne 80 W.

Mais ces puissances sont dissipées par deux résistances série, et la puissance utile dans l’enceinte sera donc inférieure à la puissance fournie par l’amplificateur :
– Soit à 100 Hz = 100 W. d’ampli = 25 W. sur R + 75 W. sur HP.
– Soit à 1.000 Hz = 80 W. d’ampli = 16 W. sur R + 64 W. sur HP.

 

2. Mêmes conditions mais le câble sera en 4² :

– 50 M. en 4² présentent une R de 50 x 0,008 = 0,4 Ohms. L’enceinte fait toujours 8 Ohms à 1.000 Hz et +/- 6 Ohms à 100 Hz.

 

Regardons le montage électrique réalisé :

 

Le réglage de l’amplificateur étant de 100 W. sur 8 Ohms, donc à 100 Hz (R équi= 6,4) l’amplificateur donne +/- 95 W. – Les répartitions de puissance seront alors : à 100 Hz : 125 W. d’amplificateur = 7 ,8 W. sur R + 117,2 W. sur HP. et à 1.000 Hz : 95 W. d’amplificateur = 4,5 W. sur R + 91,5 W. sur HP.

 

Comparons les deux cas où seules les sections diffèrent :

 

Ampli 100 W. 1er.cas 0,75² 2ème cas 4²
8 Ohms Watts ampli W.HP. W. ampli W.HP.
| | | |
100 Hz 100 W. 75 W. 125 W. 117,2 W.
1000 Hz 80 W. 64 W. 95 W. 91,5 W.
P. fournie P. utile P. fournie P. utile

 

Conclusions : pour une même installation et un même réglage d’amplificateur, la section des conducteurs modifie la puissance utile sur les enceintes.
– Dans les fréquences basses (ex. 100 Hz) on constate une différence de 117,2 – 75 = 42,2 W. ,

De 91,5 – 64 = 27,5 W. dans le médium (ex. 1000 Hz)
– Dans les fréquences élevées, les pertes sont très inférieures car les impédances des tweeters, vu leurs filtres, sont plus élevées.

– Entre du 0,75² et 4², la perte aux fréquences basses est voisine de 40% de la puissance fournie et de 25% dans le médium.
– Donc non seulement une section faible produit une baisse de rendement général, mais en plus déséquilibre la bande passante en défaveur des basses, phénomène encore accentué par l’usage de «côte à côte». Ces fils, en effet finissant toujours par être torsadés, produisent une impédance supérieure par effet inductif dans la ligne.
– Selon ces considérations, on ne saurait donc trop insister sur le choix de la plus grosse section possible selon le type de bornes à raccorder aux appareils.
– Les câbles nous semblant les plus adaptés à la sonorisation sont le VTMB 2 x 4² de section extérieure rectangulaire, dont les conducteurs sont «côte à côte» mais intorsadables. Ces câbles donnent d’excellents résultats mais nécessitent un repérage de polarité. A défaut le VTMB 2 x 4 de section extérieure circulaire d’utilisation plus facile pour bornes multibroches ou de type Canon.

 

Ces quelques considérations concernant les câbles à utiliser, c’est proposer le début d’un «Check List» pour une bonne sono. Nous sommes constructeurs d’un matériel qui se veut prestigieux. Si la «sono» devient synonyme de bruit au lieu d’être «de la hi-fi à forte puissance», c’est pour des raisons évidentes que même les bonnes marques sont souvent mal utilisées.

 

JCJ

 


 

Cet article a été écrit il y a plus de 30 ans,
paru en 1979 dans la Revue du Son Panaudio.
Vu l’évolution commerciale dans ce domaine,
le choix d’un câble approprié ne présente plus aucuns problèmes.